Avec
son âme au bout des doigts, sa sensibilité presque maladive, son trac légendaire,
et qui n'a rien de psychosomatique, l'artiste s'inscrit en marge d'une société
fabriquée pour le rejeter dès que le rideau est tombé, dés que les lumières
sont éteintes. Immense cristallisoir de nos passions, nous nous identifions
à lui, si beau, si parfait.
Mais que me dites-vous là ? Brusquement il est tombé malade ? Il a perdu son
intégrité physique ? Ah ! je compatis à sa douleur, mon émotion est grande...
Mais que bien vite il soit remplacé par un autre et plus brillant et plus
robuste.
"Je ne décevrai pas mon public; je me montrerai à lui tel qu'il désire me voir..."
Et c'est ainsi que l'artiste travaille parfois blessé ou malade, refusant le
certificat médical. Les cimetières ont beau être remplis de gens qui se croyaient
indispensables, tout un spectacle repose parfois sur les épaules d'un protagoniste.
Cependant, l'artiste n'est-il pas un travailleur comme les autres?
La société n'a-t-elle pas envers lui les mêmes obligations qu'envers les AUTRES travailleurs ? Et ceci n'est pas du syndicalisme !
Voyez plutôt : une danseuse est victime d'un accident du travail et les séquelles sont présentes ( invalidité partielle permanente de 3% ). Que se passerait-il pour un employé de bureau, un médecin ? probablement rien ; la marche, les escaliers peut-être un poil plus pénibles et ... comment dirions-nous ?... " Comme une fatigue, le soir!". Mais, durant cette journée, le commis et le médecin n'auront probablement rien perdu de leur salaire.
Plus d'inconvénients pour l'employé, car il prendra le métro - il faut attendre et voyager debout. Le médecin, lui, se sera payé une voiture automatique. Et le soir, tous deux prendront un anti-inflammatoire; ils se diront, regardant leur télévision ou leur revue favorite, que somme toute on peut très bien vivre avec 3% d'invalidité et que, surtout, ce n'était pas la peine d'en faire un plat !
Et notre danseuse, alors ?
Tant bien que mal, elle a voulu reprendre la barre. Au début, les pliés
ça va, ça va... bof ! mais alors les grands jetés, avec un tenseur du fascia
lata qui vous a lâché... c'est fini ! Cet après-midi-là, dans mon cabinet, une
ballerine s'effondra en larmes. Et tout cela pour une déchirure de la bandelette
de Maissiat !
Que reçut-elle de la compagnie d'assurance pour se voir ainsi réduite à envisager un autre métier ? Quelques milliers de francs, sans plus; le produit d'une savante logique bien-pensante : traitement X pourcentage d'invalidité X 12 X le nombre d'années théoriques qu'il lui reste à travailler X un certain coefficient...
Bref, pour elle, j'ai calculé qu'on arriverait bien à 12.500 € ! SOIT ENVIRON 15 MOIS DE SALAIRE.
Comme les danseuses ne sont pas toujours initiées aux subtilités bancaires, la somme, bientôt, sera bue et mangée. Il lui restera alors le chômage; brillante consécration de plus de 7 années d'étude (Il faut autant d'années d'études - de travail, pour faire un médecin - une danseuse).
Quittons le domaine des accidents. Nous avons parfaitement compris que la protection de l'assurance qui, au départ, semble si efficace, se révèle dans les cas dramatiques d'une insuffisance notoire.
Parlons quelque peu des pensions...
Un danseur s'essouffle, en général, à partir de 40 ans. Pourquoi faut-il qu'à ce moment-là, il soit obligé d'occuper un emploi subalterne pour gagner sa vie alors qu'il y a quelques années il était encore applaudi en tant que soliste dans le ballet ?
Le problème posé est évidemment de taille. L'on pourrait très bien retourner l'argument. Pourquoi faut-il nécessairement donner une pension à un homme de 40 ans qui, somme toute, est encore valide ? Et pourquoi diable ne pourrait-il pas s'orienter vers une autre carrière ?
La discussion pourrait être sans fin.
Le même phénomène moins aigu existe aussi avec les musiciens ; on constate une sorte d'usure précoce, rapide de certaines articulations. Des études très sérieuses ont montré qu'il serait raisonnable de " repenser " la fin de l'activité du musicien et celle-ci pourrait se situer vers 60 ou même 55 ans.
Le bon peuple dira alors qu'il n'avait qu'à le savoir en choisissant son métier. Et bien oui, il le sait. Il en est parfaitement conscient.
Mais celui qui commence à danser vers l'âge de 7 ans, celui qui entre au Conservatoire à 17 ou 18 ans, ne se soucie jamais de pareil problème. Pour eux, le vrai problème, c'est d'effectuer correctement le plié ou la variation.
Promenez-vous dans une rue le soir, vous verrez distinctement à votre gauche et à votre droite une série d'écrans de télévision illuminés. Ceci veut dire qu'au moment où la plupart des Belges goûtent un repos bien mérité, il existe une catégorie socio-professionnelle particulière, qui a mission de les distraire et ceci durant environ 1 heure 30' par jour.
Si tel est bien le cas, pourquoi la société ne pourrait-elle pas revoir ses normes, ses barèmes qui manifestement pour les artistes ne sont pratiquement d'aucun intérêt ? Dans un monde où, dit-on, "l'emploi, c'est la culture", où les loisirs augmentent chaque année de 4,5 % et où le nombre des personnes âgées va croissant, leurs heures de loisir ne finissant pas, elles aussi de croître; que tous ceux qui nous racontent des histoires, nous chantent ou nous jouent la mélodie, que tous ces artistes puissent, juste retour des choses, bénéficier de la joie qu'ils ont répandue autour d'eux.
Ainsi, souvent méconnues, les maladies professionnelles
que rencontrent les artistes du spectacle peuvent devenir gênantes voir
handicapantes. La plupart du temps, l'artiste est contraint d'adopter une pose
ou d'effectuer inlassablement le même mouvement qui engendrera, à
la longue, une pathologie plus ou moins lourde à supporter.
Le PAMOC apporte des soins préventifs
et curatifs aux artistes du spectacle et amateurs. Il les aide à améliorer
leurs conditions de travail et apporte une réponse spécialisée
aux maladies professionnelles dans le monde du spectale (plus de 50 répertoriées).
Enfin, Le PAMOC apporte une défense
médicale des artistes handicapés, notamment devant le fonds des
maladies professionnelles.